Peaky Blinders partie 2

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Peaky Blinders partie 2

Message par Redhairedmoira le Lun 18 Déc - 17:57

--- Y ---

«Dis-moi ce que tu veux que je fasse...»

Ces mots à ton oreille, il les murmure avec ce même ton froid et détaché qu'à l'accoutumé. Et comme a l'accoutumé, tu n'as pas de réponse à lui fournir. Pas que tu ne saches pas quoi dire. Non. Tu voudrais lui dire de laisser ses doigts jouer sur ton membre avec plus de fièvre, mais avec l'ampleur et la précision des mouvements du sien entre tes reins tu serais bien incapable de prononcer le moindre mot de manière intelligible. Il le sait. Tu es persuadé qu'il le sait. C'est Thomas Shelby après tout, ce diable de Thomas Shelby, et il sait très bien ce qu' il fait. Il sait toujours ce qu'il fait. Comme en cet instant quand il glisse un bras sous ton torse pour mieux le redresser contre lui. Quand il vient embrasse ton épaule avec une passion au contraste effrayant avec le timbre de sa voix de tantôt. Quand il se met à caresser ta virilité avec ferveur comme s'il avait lu dans tes pensées.

« Putain Thomas...»

Tu sais que tu peux te le permettre, c'est un cadeau qu'il t'a fait. Tu peux jurer, pester, l'appeler comme bon te semble, mais ici. Ici seulement. Quand il a tout contrôle sur ton corps en plus de maitriser ta vie il te laisse la liberté de tes mots à défaut du reste.

--- Tommy---

C'est pire qu'une drogue. Un poison violent dont il ne peut plus se passer. Il pensait s'en lasser, comme du reste. Il s'imaginait qu'une fois la nouveauté passée, une fois qu'il se serait fait à cette découverte, cet amant finirait par perche son intérêt. C'était sans compter sans l’euphorie grisante que tout ceci a su réveiller en lui, cette sensation qu'il avait cru à jamais hors de sa portée et qu’il a retrouvé avec ce corps-là à sa merci.

« C'est donc ça que tu voulais hein?»

Et il se fait plus puissant encore, plus possessif. Il sait qu'une fois de plus, il parviendra à le faire venir avant lui. C'est devenu son défi à lui il en a besoin, pour se prouver qu'il peut le faire. Junte pour se prouver qu'il peut. Parce qu'il en a envie.


--- Y---

Six semaines. Six putains de semaines que tout ce cirque a commencé, qu'il a fait de toi cet chose honteuse qui a déjà cessé de gémir de douleur pour couiner de plaisir. Ton âme ira tout droit en enfer pour ça, tout comme la sienne. Une éternité de souffrance avec ce diable là pour toute compagnie. Et ce qui t'effraie le plus, c'est que loin de de couper dans ton élan, cette pensée suffit à termine ce que ses mains et ses coups de reins avaient commencé. Et tu de cambres contre lui, tu laisses échapper un juron supplémentaire, tu laisses ce plaisir violent finir d'emporter ton âme.

Il te suit de peu, galvanisé qu'il est sans doute pas sa victoire sur ton corps et ton esprit. Puis après un simple baiser supplémentaire à ta nuque, seule marque d'affection qu'il s'autorise quand il en a fini avec toi, il se lève, le laissant seul étendu sur ton lit. Il va simplement prendre place devant la fenêtre où il allume une cigarette avant de de jeter le paquet. Sale habitude, mais tu pioches dedans de bon cœur, maigre consolation pour ce retour brutal à vos rôles respectifs.


« Son train est arrivé il y a trois heures. Avec la Bentley on peut y être dans quoi? Huit heures? Elle aura eu le temps de reprendre contact. Tu viens avec nous, j' aurais besoin de toi au champs de course.»

Tu fais mine de ne pas avoir relevé son allusion au temps qu'il laisse à ta cadette pour... reprendre contact comme il dit. Il n'y a rien que tu puisses fait pour le moment pour changer les choses. Là, le regard perdu au-delà de la vitre embuée de la fenêtre, plus froid et distant que jamais, il n'est plus ton amant, il est Thomas Shelby, ton patron, ce diable de Peaky Blinders, l'homme le plus dangereux de Birmingham, de l'île entière peut être...

Redhairedmoira
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Re: Peaky Blinders partie 2

Message par Redhairedmoira le Ven 22 Déc - 0:23


--- X ---

Du bout des doigts, tu caresses pensive la paire de lunettes fines qui trônent sur le petit secrétaire. Un sourire distrait aux lèvres, tu te remémores la première fois que tu les lui a vues sur le nez, quand tu es arrivée dans son bureau il y a presque deux mois maintenant. Elles lui donneraient presque des airs de physicien si tu ne le connaissais pas assez pour ne pas te laisser berner. Une part de toi songe un instant qu’elles sont un peu les ainées de celles que Tommy enfile quand il travaille, puisque ce sont les mains du même artisan qui les a façonnées. Puis ton regard dérive un peu plus loin sur le meuble, vers une enveloppe dont tu reconnais instantanément le papier. Et c’est sans le moindre remord, mais avec une pointe de fierté au cœur, que tu parcours les mots qu’elle contient.

    "     Cher ami

    Je vous écris ces mots sans la certitude de pouvoir vous les transmettre et cette pensée m’est la pire des tortures. Je ne pourrais souffrir l’idée que vous ne
    lisiez ce que j’ai à vous dire. Vous mon tendre fauve, mon délicieux fou, je n’ai pas même eu le temps de vous remercier comme il se doit. Pour avoir tenté
    de vous enquérir de mon état. Pour ne rien avoir dévoilé de ce que j’ai pu vous confier. Pour avoir su pardonner mes caprices et ma stupidité.

    Je crains qu’il ne me faille patienter longtemps avant d’avoir à nouveau la chance de savourer tout ce que vous avez su m’apprendre. Mais je tiendrais ma
    promesse, mon tendre fou, il ne s’écoulera pas un jour sans que je me languisse de la chaleur de vos mains, de la caresse de vos lèvres, de la passion qui
    nous animait cette nuit où vous avez su conquérir mon corps et percer mon âme à jour. Votre absence me sera pire que la mort, les mensonges auxquels je
    devrais ma survie plus encore.

    Bien à vous pour toujours
    Chaton"


« C’est malpoli de fouiller dans les affaires des gens, hum ? On ne t’a jamais appris ça…hum ? Chaton »

Tu le laisses venir passer un bras autour de ta taille pour mieux se presser contre ton dos. La chaleur de sa peau contre la tienne, encore nus de vos retrouvailles, de cette passion violente qui vous unissait quelques instants plus tôt. Tu penches la tête de côté pour lui laisser tout le loisir d’empoigner ta gorge d’une main ferme. Tu n’as plus peur. Presque plus. Tu sais qu’il ne serrera pas. Tu as suffisamment confiance en l’impact que tu as sur lui pour ça.

« Vous l’avez gardée. »

Il ricane, du moins ce grognement là ressemble à un rire. Et avec une facilité déconcertante, il te retourne pour te forcer à lui faire face et te soulever du sol. Tu réponds à son invitation silencieuse en nouant tes jambes dans son dos et tes doigts dans sa tignasse hirsute. Tu prends un bref instant pour savourer la vue que t’offre cette position. Il te semble moins impressionnant, et pas seulement à cause de ta posture, non, parce que d’ici ses yeux semblent moins fous, moins sauvages, plus tristes.

--- Alfie ---

Il la laisse le dévorer des yeux, Alfie. Ça flatte son égo, ça lui donne l’impression d’être le centre de son univers. D’être quelqu’un d’important, pas seulement ici, à Camden Town, non, ça il l’est déjà, pas vrai ? Non, pour elle.

« Tu aurais préféré que je la brule ? Hum ? Hum ? »

Seulement il n’attend pas de réponse, Alfie, il a déjà pris la direction du lit, son précieux paquet dans les bras. Il l’y dépose avec précaution, il ne faudrait pas qu’il l’abime, pas vrai ? Et à son tour, il la contemple, se redresse de toute sa hauteur, il prend son temps. Il passe une main nerveuse sur ses joues puis vient lisser sa barbe avec précaution, Alfie. Il réfléchi. Il cherche. C’est que l’heure tourne et que s’il veut profiter d’un troisième round il faut qu’il se dépêche, seulement il lui faut faire preuve d’un peu d’imagination, pas vrai ? Elle va se lasser si il n’est pas capable de se renouveler, pas vrai ? Elle est bien trop jeune pour rester avec un vieil ours comme lui s’il cesse de la satisfaire, pas vrai ?

--- X ---

Un instant, tu crois devoir anticiper une nouvelle lubie de sa part, une nouvelle punition pour avoir ouvert cette lettre, ou quelque chose dans ce gout là. À dire vrai, il serait injuste qu’il t’en tienne rigueur, puisqu’elle était de toi, mais tu le sais assez détraqué pour ça. Et quand il revient ramper au dessus de toi, il n'y a plus rien de triste ou de mélancolique dans son regard. Tu retrouves ce formidable fauve dont tu es devenue la proie préférée. Seulement l'es tu vraiment?

« Vous auriez pu.» murmures tu entre deux gémissement que de tirent les baisers fiévreux dont il couvre ta clavicule « Vous auriez pu pour la cacher à vos autres conquêtes.»

Il grogne mais il poursuit ses attentions en faisant mine d'ignorer ta remarque, seulement, tu ne comptes pas abandonner si vite. Tu voulais tester ton emprise sur lui mais sa façon d'éluder le sujet réveille en toi une étrange sensation bien différente de la simple frustration à la quelle tu t'attendais. Et sans même y réfléchir, tu le forces à se redresser pour le répondre, sondant son regard pour t’assurer qu'il ne mentira pas.

« Combien?»

« Hum?»

« Combien d'autres femmes? Combien y a il de... sucres d'orge, de... chatons...»

Il soupire un bref instant et tu te prends à espérer lire de la sincérité dans ses yeux, mais il élude encore la question et là où tu pensais devoir feindre une colère jalouse, tu te laisses emporter par une rage dont tu ne comprends pas tout de suite l'origine. Du moins tu te refuses à l'admettre. Car elle n'a rien de feinte, cette jalousie, et c'est bien ce qui t'enrage plus encore. Alors tu le repousses, tu te débats comme il tente le te calmer.

« Espèce d'enfoiré!» que tu hurles « TRAITRE!»

Et comme il tente de te retenir, tu fais l'erreur de laisser ton instinct prendre le dessus. Tu le gifles. De toutes tes forces. Tu laisses sur sa joue la trace de cette jalousie qui de brule les entrailles et de la honte qu'elle te provoque. Tu le regrettes aussitôt. Car sa gifle à lui est sans comparaison avec la tienne, ou celle de Tommy. Et quand tu relèves les yeux vers lui, il n’a plus rien de l’amant désespéré, tu fais face au monstre sanguinaire que tu l’avais imaginé être il y a quelques mois encore et qui hantait tes cauchemars.

--- Alfie ---

Elle a levé la main sur lui. Il aurait pu aimer ça, Alfie, si elle ne l’avait pas fait en l’insultant de la sorte. Il ne peut pas laisser passer ça, pas vrai ? Pas alors qu’il vient de passer six semaines à l’imaginer entre les salles pattes de Tommy fucking Shelby. Elle n’a pas le droit de l’accuser lui de trahison, pas vrai ? Alors, Alfie, il pose ses larges mains sur son frêle petit cou d’ingrate mais il ne serre pas encore. Ou juste assez pour lui faire regretter, lui faire ravaler ses paroles.

« C’est amusant que tu dises ça chaton, hum ? Parce que je sais moi, hum ? Combien t’en as connu de… sucre d’orge, hum ? SEULEMENT CELUI DE TOMMY FUCKING SHELBY, HUM ? HUM »

Il voit rouge, Alfie, il enrage. Comment peut-elle oser lui parler de trahison alors qu’il était là, il a vu ce baiser, il ne l’a pas rêvé, pas vrai ? Et puis, il ne lui a rien promis lui, c’est elle qui lui a écrit cette mièvrerie de prose sulfureuse empestant le parfum, pas vrai ? Et plus il pense, plus il serre, Alfie. Elle ne se débat pas, elle se contente se tenir ses poignets en pleurant, en suppliant. C’est bien qu’elle a tort, pas vrai ?

« Non… pas une… seule fois…. »

« MENTEUSE ! SI T’ETAIS PAS UNE TRAINEE IL T’AURAIT PAS ENVOYEE ME SEDUIRE, HUM ? »

Elle suffoque mais elle ne se débat toujours pas. Il ne comprend pas, Alfie, elle ne devrait pas se laisser étrangler de la sorte sans essayer de lutter. Au moins un tout petit peu. Pour revoir l’autre traitre de gipsie, pas vrai. Et ces pleurs. Et ce regard. Pas de haine. Juste de la peur. De la peur et du chagrin.

--- X ---

Tu vas mourir ici. Tu vas mourir ici parce que tu as été assez stupide pour être jalouse. De lui. De ces femmes que tu ne connais pas mais qui ont été ou seront à lui. Lui. Il va te tuer parce que tu t’es attachée à lui. Si quelqu’un devait t’abattre pour ça, c’était Tommy, pas lui. Mais cette colère dans son regard, cette rage, tout ça c’est toi qui l’as provoqué. Et puis..

« .tenu..ma promesse.. »

C’est tout ce que tu parviens à psalmodier mais c’est l’effroyable vérité. Sans parler du fait que Tommy ne t’as jamais rien offert de plus que ce baiser, le colosse aliéné qui tente de te tuer n’a pas quitté tes pensées. Pas une seule nuit. Et tu ne sais plus ce qui aura ta peau en premier, ses larges mains sur ton cou, ou les mots qu’il hurle toujours, l’œil enragé, l’écume aux lèvres.

«  LES ITALIENS… LES IRLANDAIS… TOUT LE MONDE LE SAIT. HUM ? ME CROIS-TU SOURD EN PLUS DE SOT ? HUM ? LA SECRETAIRE DE SHELBY… CHEZ UNE DE VOS… VOS MARABOUTEUSE… UNE SPECIALISTE DES… PASSAGERS CLANDESTINS… PUTAIN DE GISPIE… PUTAIN DE MENTEUSE ! TRAINEE ! TRAITRESSE ! »

Alors cette fois, tu comprends. Tu comprends sa colère, tu comprends le désespoir qui luit derrière la haine de son regard, tu comprends toute la peine que tu y lisais depuis ton arrivée. Et ce n’est pas même pour survivre que tu t’efforces de prononcer un dernier mot, c’est pour lui. Pour que cette douleur disparaisse de ces yeux fous qui t’avaient malgré toi tant manqué.

« Li..lizzie.. »

--- Alfie ---

Elle ne pouvait pas croire qu’un truc pareil lui avait pas été reporté, pas vrai ? Lui aussi à des yeux et des oreilles partout, Alfie, et il était prêt à tirer un trait là-dessus si elle lui avait pas fait le coup de la jalousie. C’est pas un gars exclusif, Alfie, et puis elle est pas de son monde, elle n’est qu’une délicieuse passade pour tuer le temps aux détriment de ce diable de Shelby, pas vrai ? Alors pourquoi que ça le met dans des états pareils ? Et pourquoi qu’il réagit comme ça en l’entendant prononcer le nom de sa collègue ? Il ouvre de grands yeux ronds, incrédules, il cherche un mensonge dans son regard et qu’il ne trouve pas. Alors il la lâche, Alfie, il réalise enfin ce qu’il était en train de faire et il recule d’un bon, rampant à reculons jusqu’à tomber du lit. Il reste là, avachi sur le sol à l’écouter tousser, à écouter le résultat de sa folie, à fixer ses mains tremblantes avant de lâcher un juron en la voyant se lever. Elle va partir. Elle va partir et elle ne reviendra pas. Elle le maudira, elle essayera d’oublier jusqu’à son nom, tout ce qu'elle avait promis de chérir. Mais il ne peut pas la laisser faire ça, Alfie. Il ne peut pas laisser partir la première femme à avoir jamais fait mine de tenir un peu à lui, pas vrai? Et encore moins si elle part en le haïssant juste parce qu'il a été trop stupide.

Alors il se précipite pour la devancer, Alfie, il se rue sur la pile anarchique de leurs affaires au sol, il y cherche son revolver, puis il revient ramper à ses pieds. S'il se tient entre elle et la porte, elle ne peut pas partir, pas vrai? Elle va être forcée de l'écouter, la rouquine, et ça Alfie, même s'il se trouve égoïste, il y tient.


--- X---


L'arme qu'il tient interrompt ton trajet vers la coiffeuse et te fait instinctivement reculer jusqu'au mur le plus proche, bras tendus devant toi, comme si ce reflexe pouvait te permette d'arrêter une balle si l’envie lui prenait de tirer. Ainsi a il renoncé à t'étrangler pour finalement t'abattre comme un animal de compagnie devenu trop encombrant. Et contre toute attente, tu te mets à penser que tu aurais préféré la première option. Plus personnelle. Plus passionnelle surtout. Mourir de ses mains, victime de cette folie furieuse avec laquelle il t'a déjà pris ton âme, mais pas comme ça. Pas une balle entre les deux yeux comme si tu n'étais personne. Et si tu te tiens là, tétanisée, si tu n’es plus en état de retenir tes larmes, c’est bien pour cette raison. La douleur, elle passera. Mais ça…

Seulement quand il lève son bras armé, là où tu t’attends à la détonation qui mettra fin à ton agonie, il n’y a que le silence. Et il te faut quelques instants pour réaliser que ce n’est pas le canon qu’il pointe dans ta direction, mais la crosse.


« Qu’est-ce… »

Il ne répond pas tout de suite, profitant de ta surprise pour saisir ton poignet et y placer l’arme. Puis comme tu persistes à ne pas comprendre ce qu’il veut te faire faire, il te guide, il te force à presser le canon sur son front.

« Tu veux partir, hum ? Alors fait les choses comme il faut. Hum ? Tu veux partir à cause de .. ça… hum ? » il gesticule sa main libre au niveau de son cou « Que tu passes cette porte ou que tu tires, ça reviendra au même. Alors fais les choses comme il faut. Hum ? »

Pas une seule fois, il ne lève les yeux vers toi. Ps une seule fois il ne hausse la voix. Il garde ce ton plat et monotone, las, comme si tout le poids des années avait fini par enfin lui atterrir sur les épaules, comme si tout ceci avait fait taire la bête féroce en lui pour ne plus laisser place qu’à cet homme que tu ne connais pas. C’est peut-être ce qui t’empêche de presser la détente, cet inconnu qui te semble soudainement si faible, presque fragile à genoux devant toi.

« FAIS LE ! »

Tu sursautes en l’entendant hurler. L’idiot ! Tu aurais pu tirer sans t’en rendre compte. Et cette fois, tu tentes de résister quand il te force à déplacer l’arme de son front à son torse. Tu ne peux pas tirer, peu importe où il pointe cette.. chose. Tu ne veux pas tirer. Tu essayes bien un instant d’envisager tout ce que cela impliquerait, Tommy serait si fier de toi, tu le débarrasserais d’un rival, tu lui ouvrirais une voix en or sur le marché londonien, il… recommencerait à t’ignorer, tu redeviendrais un bibelot comme les autres, un bibelot à la vie morne et sans espoirs, à errer dans l’ombre d’un homme qui ne te remarque pas, à souffrir chaque nuit de ce vide que l’absence de la brute abattue à tes pieds t’as déjà causé ces dernières semaines.

Alors il a beau te hurler encore une fois de presser la détente, se frapper la poitrine des deux mains pour te supplier de viser en plein cœur, il a beau persister à fuir ton regard, préférant fixer un point invisible sur le mur derrière toi à hauteur de tes genoux, il a beau souffler comme un bœuf, tu ne tires pas. Tu profites d’un de ces brefs instants où il lâche tes mains pour baisser celles-ci et laisser tomber l’arme au sol.


--- Alfie ---


« Non…. Non… »

Qu’il marmonne en secouant la tête de droite à gauche, se mâchant nerveusement la lèvre en gémissant tout le désespoir que son geste lui inspire. Non. Elle n’a pas le droit de l’épargner si elle s’en va. S’il s’est vraiment trompé, si elle a vraiment tenu sa promesse, c’est qu’elle l’aimait bien, pas vrai ? Au moins un tout petit peu, pas vrai ? Alors elle ne peut pas avoir tout balayé d’un revers de manche juste parce qu’il a tenté de la tuer, pas vrai ? Il sait que son raisonnement est un peu court et totalement égoïste, Alfie, mais il se refuse à penser qu’elle pourrait être soudain assez froide pour le laisser planter là. Pas elle. Pas alors qu’elle réchauffait son corps et son âme il y a à peine une heure, pas vrai ?

« Non… »

Mais toute cette hantise, toute cette tension s’envole à l’instant même où elle pose sa main sur le sommet de son crane.

--- X ---

Tu fais mine de ne pas remarquer la larme discrète qui s’chappe le long de sa joue au moment où tu viens passer tes doigts dans sa tignasse folle. Et pour ne pas risquer de voir les suivantes si elles devaient pointer le bout de leur nez, tu noues tes doigts dans sa crinière pour le tirer à toi, invitation qu’il accepte sans un mot en venant nouer ses bras derrière tes jambes et en pressant sa tempe contre ta cuisse. Vulnérable. C’est le mot qui te vient à l’esprit en le voyant ainsi et tu saisies sans mal toute l’importance de cette découverte. Si Tommy venait à l’apprendre…

« Je ne pars pas. » que tu murmures simplement, pour lui, pour lui seul « Je n’en ai jamais eu l’intention. Je devais.. voir l’étendue des dégâts. » tu caresses doucement sa tête tout en parlant, espérant l’apaiser comme il s’agrippe à toi un peu plus à chaque mot « Mais qu’importe mon cou, ce que j’ai sous les yeux est bien plus… Alfie… personne ne doit jamais le voir. »

Il te lâche brusquement à cette dernière phrase et relève vers toi ce même regard noyé de peur et de désespoir que tantôt. C’est de cela que tu parles, de cette.. faiblesse. Alors tu te laisses tomber à genoux à son niveau et tu t’empresses de saisir ses joues entre tes paumes pour t’assurer d’avoir toute son attention.

« Ça ! Ils ne doivent pas voir ça. Sabini, Tommy… jamais ! Je refuse d’être la raison de cette faiblesse tu m’entends ? Tu es le Roi fou ! Une bête féroce ! Un roc imperturbable ! Je ne veux pas partir, Alfie. Mais si je dois devenir un obstacle à ton règne, je ne peux pas rester ! Je ne le supporterais pas. »

Tu sais déjà qu’il te serait parfaitement impossible de réaliser tout le chemin qu’il t’a fallut pour en arriver là. Mais tu sais aussi que tu pensais chacun de ces mots. Et tu sais aussi que Tommy te tuera pour ça. Parce qu’il est trop tard, tu es déjà sa faiblesse, cette faille que ce diable de Shelby cherchait. Et si tu sais aussi que cette éventualité se présentera plus tôt que tu ne le voudrais, tu sais que tu ne pourras trahir aucun de ces deux hommes. Quoi que tu fasses, tu es déjà condamnée. C’est pour cela qu’il faut qu’il comprenne. Avant qu’il ne soit trop tard. Avant que tout ceci ne revienne aux oreilles de Tommy.

--- Alfie ---

Un si petit brin de femme… une garce capricieuse… une créature si frêle, si fragile… un démon échappé des enfers pour mieux le tourmenter… un ange qui l’aurait pris en pitié… elle est tout ça à la fois qu’il pense, Alfie. Qu’est ce que ça peut lui faire, à la rouquine, s’il veut être assez sot pour la laisser devenir un fardeau, pas vrai ? Les femmes, les femmes sont manipulatrices, perverses, elles sont l’ennemis de la raison, c’est ce qu’il a toujours pensé, Alfie. Et celle-ci… il comprend pourquoi Tommy y tenait tant. Elle est bien trop maligne pour sa propre sécurité, pas vrai ? Mais elle s’en moque, elle pense à lui en premier et ça, ça Alfie il ne comprend pas.

« Pourquoi ? Hum ? Pourquoi toi, tu t’inquiéterais pour moi ? Hum ? Pourquoi tout risquer pour moi, hum ? Tu as la vie devant toi, je suis déjà presque un vieillard en comparaison des autres fous qui vivent la vie que je mène. Tu en trouveras d’autres. Hum ? »

Et comme elle abandonne ses joues meurtries par la maladie et les années pour mieux l’enlacer, elle ricane doucement, presque tendrement et ça, Alfie, ça termine de l’achever. Ça et les mots qu’elle prononce comme s’ils étaient l’évidence même.

« L’as-tu seulement lue, cette lettre ? Je te l’ai dit. A toi… »

« … pour toujours. Hum ? » qu’il poursuit, pour lui prouver que bien qu’il n’y ai pas cru à l’époque, il la connais par cœur, cette lettre

« Hum ! »

Alors, Alfie, c’est son tour de poser ses larges mains calleuses sur les joues délicates de la rouquine. C’est son tour de reprendre ses esprits et de faire preuve de lucidité à présent qu’elle lui a ouvert les yeux.

« Je ne laisserais pas cette idée te torturer, chaton, hum ? Tu ne seras plus jamais une faiblesse trésor. Tu seras tout l’inverse. Hum ? Pas un risque de me faire descendre, mais une raison de survivre. Hum ? Pas un handicap dans mes projets, mais une épaule sur laquelle m’appuyer. Hum ? »

--- X ---

Le revoila ! Cette voix caverneuse, cette folie, cette passion, cette bête assoiffée de vie, ce fou imprévisible… le revoilà comme ramené d’entre les morts par ta promesse. Et bien que déjà les dix coups qui sonnent à la pendule vous rapprochent un peu plus de l’heure du rendez-vous, pour la première fois depuis bien longtemps tu en oublies Thomas Shelby. Là, dans cette pièce, pour encore quelques heures, il n’y a plus que toi et la créature que tu viens de ranimer.

« Mr Solomons ? Il semblerait bien que nous ayons un marché ! »

Et tu savoures le grognement qu’il laisse resonner dans le baiser qu’il te prend en redevenant le fauve déjanté qui t’avait volé ton âme.



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